Cap Grand Large

L’attachement des grands cadres à leur entreprise n’est plus de mise.  Désormais :  « pierre qui roule amasse mousse ».  Ces « transfuges » à leur décharge, même satisfaits de leur univers professionnel et de leur métier, ne se sentent pas réellement impliqués dans la conduite de l’entreprise.

Comment pourraient-ils adhérer alors aux stratégies d’une entreprise qui a tendance à ne prendre que modérément en compte leurs avis et suggestions?

A qui la faute si ces déçus de l’entreprise se découvrent une âme de mercenaires prêts à mettre leur épée au service de qui leur offrira bourse bien garnie et surtout une reconnaissance de leur savoir faire?

Le phénomène du débauchage n’est certes pas nouveau.  Dans la publicité, ce genre de sport se pratique couramment.  Ce qui en revanche l’est, c’est de voir des équipes entières avec armes et bagages emboîter le pas de leur « chef ».  Ces débauchés au demeurant talentueux, tous « première série », arrivent chez leur nouvel employeur avec une « dream-list » en tête.  Cela fait d’ailleurs souvent partie du deal.  Pour recevoir il faut donner.  « Je vous propose un pont d’or pour venir travailler chez moi, mais venez en contrepartie avec votre livre de recettes et vos marmitons ».

Aller chercher un ou plusieurs salariés déjà en poste ailleurs ne constitue pas une faute en soi, jusqu’à une certaine limite.  Même les clauses dites de « non-concurrence » ne sont plus un obstacle.  En effet, la Cour de cassation n’a-t-elle pas jugé que l’existence d’une contrepartie financière non négligeable restait une condition impérative de la validité de telles clauses.

Une agence de publicité a attaqué récemment un de ses concurrents pour :  « débauchage important, sélectif et prémédité (…), caractéristique de la concurrence déloyale » et a obtenu gain de cause.  Ainsi quand on veut faire son marché chez les autres, convient-il de bien mesurer les risques de telles « emplettes ».

Paradoxalement, alors que s’intensifie ce phénomène de débauchage de « Managers » on constate que ne semble ne plus être aussi fréquente une pratique consistant à remplacer les présidents de société par de grands talents venus d’ailleurs.  Ils découvraient souvent une activité inédite et une culture qui leur était étrangère, ceci pouvant expliquer cela.  Mieux, depuis un an plus des deux tiers des présidents mis en place à la tête d’importantes entreprises sont issus de l’entreprise qu’ils vont gouverner.  Ils ont le talent dans ce dessein.  Ils possèdent parfaitement métier et culture de l’entreprise et de surcroît peuvent mieux infléchir les évolutions de ses stratégies.  Sur ce point fondamental toutefois attention aux hommes providentiels mais trop seuls.