La folle

A la terrasse d’un café Rénato reconnaît Matheo et s’installe auprès de lui :

– Oh la la Matheo, si tu savais ce qui m’arrive!

– Calme-toi Rénato … assieds-toi .. tu veux boire quelque chose?

– Un thé au lait et des biscottes merci.

– Alors raconte-moi tout!

– Savais-tu que Carl était …

– … quoi ?

– Un homosex …

– …sexuel? (Rire) Oui et alors?

Le thé et les biscottes arrivent.

– Comment me trouves-tu physiquement?

– Comme homme ou comme femme ?

Renato perplexe étale soigneusement la confiture sur sa biscotte et s’arrête.

– Quelle question bizarre? Je suis une femme emprisonnée dans un corps d’homme. Depuis le temps, tu ne l’avais pas remarqué?

– En te voyant toujours habillé en femme et pour ne pas te blesser, je n’ai jamais osé t’en parler. J’aime ta compagnie. Le reste n’a aucune importance.

– Tu ne vaux alors, pas mieux que Carl!

Rénato reprend sa biscotte et sa confiture.

– Excuse-moi … Renata (clin d’oeil complice) …

– (Petit sourire) … Tu sais Matheo, je me fais vieille, ce matin j’ai trouvé mon premier cheveu blanc … c’est le début de la fin.

– Mais tout le monde vieillit … même toi!

Explosion de biscotte et grand cri.

– Ho … NON NON NON… ce n’est pas possible Matheo! Je ne peux pas vieillir, je n’ai pas le temps!

– Fait attention, tu as tâché le chemisier que tu aimes tant !

– Laisse moi me noyer dans mon thé Matheo! Je n’en peux plus … Oh non …

Il se lève et crie :

“Un homme” … (se reprend) … “Une femme à la mer!”… Tuuut Tuuuttt (imitant le siflet d’un paquebot) et retombant sur sa chaise…épuisé.

– Carl me veut Matheo!

– Tu vois! Tu peux encore plaire … mais tu n’as pas l’air enchanté quel est le problème?

– Tu as déjà vu une femme sortir avec un homo … Matheo ?

Matheo à la “plage” : :

Une fois qu’ils sont arrivés aux falaises d’Etretat, Loïc demande à Matheo :

– Alors? Je ne t’avais pas promis la mer? Regarde comme c’est beau!

– Tu sais bien que j’ai déjà vu la mer “ya bhïïm” (âne), mais je ne comprends pas … j’aperçois l’océan, la côte… mais aucune plage à l’horizon.

– Tu le fais exprès ou quoi et ça! C’est quoi ?

Il pointe du doigt le bord de mer.

– Je vois bien les falaises, les rochers, mais pas de sable.

– Qui te parle de sable? C’est une plage de galets!

Rires nerveux de Matheo, Loïc reprend :

– Je t’assure que c’est une plage. Pour le moment il n’y a personne car il fait un peu frais, mais d’habitude, il y a du monde.

– Tu ne vas pas me faire croire qu’il y a des gens assez dingues pour se baigner sur ce tas de cailloux quand même!

– Ce ne sont que des “cailloux” Coco … heu Matheo … mais ce sont les nôtres! Nous y sommes même attachés.

– Tu déconnes … hein ?

– Non!

– Mais vous vous êtes fait arnaquer par le Maire. Je vais écrire à “Sans aucun doute”! Et puis l’eau est à combien de degrés?

– 25 degrés.

– 25? Mais vous êtes barges! Je vais attraper la “bounetata” (grosse grippe tunisienne) avec vos conneries!

Rires de Loïc.

– Pour te baigner, il faut même faire attention aux horaires des marées.

– Tu veux dire que votre mer a des horaires d’ouverture et de fermeture?

– C’est un peu ça! Par exemple si tu te baignes pendant la marée basse, la mer s’éloigne de plus en plus du bord de la plage. Tu dois marcher de plus en plus loin …

– Pour prendre ton bain de glaçons? Dis-moi, y-a-t-il une piscine dans le coin?

My name is Jean … Jean-Matheo :

Matheo est au restaurant avec Moustafa et sa femme Céline.

– Matheo à Céline : En ce moment, à chaque fois que j’appelle ma mère, elle me case systématiquement un petit : ” Alors ? C’est pour quand le bébé ? ”

(Moustafa se marre tout seul dans son coin.)

– Ne te cache pas, je te vois rire comme une baleine Mousse. Elle ne te dit rien à toi ta mère ?

– Penses-tu ! Elle m’en parle à chaque fois que je l’appelle … tu la connais.

– (pensif) Ha Les parents ! On est content de les avoir, mais c’est du boulot !

– Céline : Surtout que la mère de Mousse a de très bonnes raisons d’interroger son fils … ça doit être l’intuition féminine.

– Matheo : Tu veux dire que … ?

– Mousse : Oui Céline est enceinte d’un mois et demi et tu es le seul à le savoir maintenant.

– Matheo : Merci de votre confiance. Tu ne l’as pas encore dit à ta mère ?

– Mousse : Elle m’appelle déjà deux fois par jour, en ayant un léger doute. T’imagine si elle le savait ? Elle appellerait 10 fois… ou pire .. elle viendrait nous rendre visite !

– T’es dur, c’est ta mère !

– Tu verras …. tu verras !

– Céline : En tous les cas il faudra bien lui dire un jour.

– Mousse : Attendons encore un mois ou deux.

– Matheo : Vous avez choisi un nom ?

– Hou la la! la question qui fâche ! T’es pire que ma mère toi !

– Céline : On en parle depuis deux semaines et on s’est même disputés à ce sujet !

– Matheo : Désolé je ne voulais pas …

– Mousse : Relax Matheo, Céline voulait un nom français genre Jean-Marc, Jean-Christophe …

– Matheo : Tu en parles comme si c’était un garçon, c’est le cas ?

– On n’a pas vraiment envie de le savoir, c’est juste un exemple. Sais-tu que ma mère s’appelle Fathoua, mon père Mahmoud ?

– Oui.

– Franchement Matheo? Tu me vois arrivé la bouche en coeur en leur disant qu’ils vont avoir un petit-fils qui va s’appeler Jean-Marc? J’imagine sans peine mon père essayant inconsciemment “d’arabiser” le prénom qu’il vient d’entendre … “Djan Mirk” …”Djhen Mahr”…. Le pauvre!

– (Rire) … Je comprends ton problème … Jean-Marc Bourkawa ça fait carrément XFILES.

– Céline : moi je ne trouve pas ! C’est même assez joli.

– Matheo : A ce stade ce n’est plus joli … c’est exotique !

– Mousse : Pour toi, c’est quoi un nom “pas trop arabe” ? Sur le moment, quand Céline m’a posé la question je n’ai pas réagi mais après y avoir réfléchi ..

– C’est vrai que ce n’est pas ton fort !(rire)

– Je me suis demandé ce que voulait vraiment dire Céline en me posant cette question. Figure toi qu’à un moment, j’ai même cru qu’elle avait honte d’être avec moi.

– Céline : N’importe quoi celui-là !

– Mousse : Tu dis ça maintenant car nous avons mis les choses à plat, mais au début … rappelle-toi … c’était pas gagné.

– C’est une discussion importante non ? Je n’allais pas te laisser lui donner un nom qu’on lui fasse répéter dix fois.

– Matheo : Finalement, qu’avez-vous décidé?

– Céline : On a coupé la poire en deux, chacun de nous en a choisi la moitié d’un prénom composé. Si c’est un garçon, j’ai choisi Jean-François.

– Mais ça fait deux ça ?

– Vraiment ? (clin d’oeil) Je n’avais pas fais attention ! Mousse a choisi le prénom Kamel.

– Vous êtes en train de me dire que votre fils va s’appeler Jean-François-Kamel ?

– Oui

(grosse rigolade de Matheo … qui, devant le sérieux de ses amis se calme et s’excuse)

– Mais avec un nom pareil, on va lui jeter des pierres à votre môme !

– Céline : Matheo, réfléchis un peu!

– Mousse : Chérie ! parle moins vite … ça va finir par griller là-haut ! Hein Matheo ?

(sourire de Matheo)

– Céline : Ce qui est important n’est pas le nom, mais ce que tu en fais. En 97 Zinédine ça faisait bizarre voir louche. Maintenant, j’ai un voisin d’origine Savoyard qui a appelé son fils : zinedine … Tu te rends compte ?

– Ça n’enlève rien au fait que c’est un drôle de prénom. Cependant, je dois admettre qu’on finit par s’y habituer. La seule chose de vraiment bizarre sont ces initiales : JFK.

– Mousse : Justement ! C’est mieux que Jean-Brahim … ça aurait fait JB !