l’air un peu abasourdi

La scène se passe à l’entrée d’un centre commercial carrefour : – Salut mofana!

– Salut Matheo (avec un fort accent africain et un large sourire)!

– Tu es vigile chez carrefour maintenant?

– Disons que je n’ai rien trouvé d’autre.

– Comment vont tes parent?

– Ils sont contents, surtout mon père : il est vigile chez virgin.

– Et que devient ton frêre?

– Vigile à la fnac d’Opéra !

– Rire … ça devient une histoire de famille…Ton travail te plaît?

– Je suis payer à observer les gens et certains sont incroyable. J’en ai vu amenant leur chien pour leur faire goûter les croquettes. Tu n’as pas idée de ce qui ce passe ici!

– Raconte … quoi d’autre?

– Une fois une dame assez forte s’est mise à crier comme une dingue au rayon des salades.

– C’est peut-être en voyant le prix non?

– (demi-sourire) … une autre fois un voleur a déclenché une course poursuite en plein magasin C’était dingue, il nous a fait courir dans tous les sens cet idiot.

– Mais tu ne trouves pas bizarre que toute ta famille soit aussi impliquée dans ce boulot?

– (l’air perplexe) que veux-tu c’est la vie!

– C’est surtout la tienne!

– (un peu vexé) quand tu n’as pas de diplôme ici (en banlieue), tu ne peux être que footballeur ou vigile.

– N’importe quoi … il y a aussi basketteur, laveur de vitre, homme de ménage, cuisinier chez McDo…

– …(l’air un peu abasourdi)

– Excuse moi fofana, je ne peux m’empêcher de donner des leçons alors que je ne suis que moi-meême pizza-man.

– Ho ce n’est rien … je sais que tu déconnes, je te connaît depuis longtemps maintenant.

– Pour me faire pardonner, je vais organiser une couscous-partie samedi prochain et tu seras ma guest star, ça te va?

– Je croyais que tu n’aimais plus le couscous?

– Juste le minimum légal!

– A samedi Matheo (grand sourire).

Bouge de là Matheo :

Recommencer une nouvelle vie sur un coup de tête ? Pas besoin d’être un arabe pour avoir ce type d’envie. Cette idée revient me titiller aussi régulièrement qu’une vague. Quand tout va mal on se dit (lâchement) que la fuite arrangerait bien des problèmes. Loin des emmerdes et de cette mentalité parisienne si particulière qui devient oppressante. A mon échelle, j’ai l’impression que tous nos rapports humains sont de plus en plus axé sur le fric. Pas de blé, pas de vie. Je reviens d’un pays où avec 500Euro on peut faire vivre une famille de 3 personnes pendant deux semaines. Où allons nous? Je ne sais pas, mais on y va tout droit. J’aimerais faire quelque chose pour que cela change, mais je ne suis qu’un petit arabe noyé dans la masse. C’est dur l’impuissance.