On a recruté

La scène se passe dans une salle de réunion parisienne, 5 candidats se regardent dans le blanc des yeux. Pas un bruit, tout le monde attends. Un jeune homme efféminé, d’une vingtaine d’année entre dans la salle :

– Bon les enfants, la récré c’est terminé ! Je me présente, je suis votre formateur en télévente, je m’appelle Thierry. Avant de commencer, vous allez vous présenter un à un.

– Bonjour je m’appelle Julie, j’ai 28 ans et je suis une ancienne strip-teaseuse.

– Bonjour je m’appelle Stéphane et j’ai 20 ans, je sors du service militaire.

– B’jour moi c’est lulu j’étais imprimeur la semaine dernière … et j’ai 38 ans.

– Bonjour à tous je m’appelle Tim Robert Cook, j’ai 45 ans et je reviens de Thaillande. Ce pays est immense et j’ai eu la chance de rencontrer des gens merveilleux. Comme vous le savez ce pays n’a pas eu …

– Moi c’est Mohamed Bachibouzouk, vous pouvez m’appeler Matheo j’ai 32 ans et j’ai eu un journal sur internet.

– Au nom de Make Téléphonique, je vous souhaite la bienvenue à ce premier stage de formation. Vous avez tous répondus à une offre d’emploi et ceci est notre premier rendez-vous. Je vais vous expliquer comment fonctionne notre société. … des questions ?

– ???

– Très bien je vois que j’ai affaire à des lumières aujourd’hui … passons … tout d’abord qui a de l’expérience en tant que télévendeur ?

– …

– C’est pas gagné..

– Stéphane se lève : Puis-je prendre la parole Thierry ?

– Un peu surpris : oui je t’en pris.

– J’ai tenu le standard de ma caserne es-ce que cela compte ?

– Non pas vraiment, je suis désolé, si tu t’es levé pour sortir une ânerie pareille, tu peux te rasseoir.

– Julie : moi j’ai fait du téléphone rose …. (elle prends un air songeur puis un petit sourire s’esquisse sur ses lèvres).

– Non désolé Julie, je parle de télévente, de la vente par téléphone.

– Tim : En thaillande, j’étais PDG, j’ai bien mis 3 mois pour avoir une ligne téléphonique et encore j’ai eu de la chance car j’avais des relations …

– Revenons à nos moutons … rire … vous allez comprendre … Votre première mission sera d’appeler des agriculteurs et des cultivateurs pour leur vendre des abonnements à un hebdomadaire agricole.

– Lulu : mais thierry ? pourquoi tu nous parles de dromadaires ?

– Mon dieu qu’elle est bête ! Je n’ai pas dis dromadaire Lulu, lave toi les oreilles … et le reste en même temps. J’ai dis hebdomadaire, veux dire que ce journal parraît une fois par semaine. Vous allez devoir vous familiariser avec un minimum de vocabulaire. Quelqu’un sait-il ce qu’est qu’un bovin ?

– Matheo : ça a un rapport avec José Bové ?

– …. Non pas du tout … personne n’a une meilleure idée ?

– Tim : il me semble que ce terme a un rapport avec les vaches ?

– Bien on avance, en effet c’est … si je vous parle d’ovin cela vous parle ?

– Julie : alors là, je ne vois pas de rapport entre une ferme et des ovnis !

Matheo dans la farine :

Je ne sais pas si c’est mon éducation à l’huile d’olive ou autre chose, mais il m’est devenu quasiment impossible de dire non. Je ne compte plus les situations insolubles qui auraient pu m’être évitées en un mot de trois lettres si difficile à prononcer. Quand je me retrouve seul, je me rends compte qu’au final mon attitude relève de la faiblesse et je m’en veux. Pour me consoler je me dis que c’est aussi peut-être pour ne pas décevoir les autres. J’ai une réelle confiance en eux. J’ai du mal à reconnaître (sauf si je me retrouve devant le fait accompli) que l’on puisse profiter de moi ou de quiconque. Je finis par comprendre que beaucoup de parisiens soient aussi désagréables. Ils endossent une sorte de carapace de survie. Mais que dois-je faire pour que l’on arrête de penser à moi seulement en cas de coup dur? Je ne compte plus les ‘amis’ qui ne m’appellent que deux fois dans l’année dont une pour leur déménagement ou une panne sur l’autoroute… Le pire c’est que lorsqu’il m’arrive un pépin, il n’y a qu’un seul ami sur lequel je puisse compter et à qui je n’ai pas ‘honte’ de demander quoique ce soit. Je retrouve si rarement mon comportement chez autrui que parfois j’ai le sentiment de faire parti des vestiges du Titanic. Pourtant je n’ai besoin que de quelques brins de franchise, d’amitié et de respect sincère.