T’as le look

– Bonjour Matheo. Je viens te voir de la part de la direction.

– Tiens ! Bonjour Thierry, entre, je t’en prie. Pourquoi ce ton protocolaire ?

– (sur un ton sec) Tu fais erreur, ce n’est pas Thierry qui te parle, c’est ton Directeur des Ressources Humaines.

– Ha d’accord … tu penses qu’il y a assez de place pour vous deux dans mon petit bureau?

– Arrête .. je suis sérieux, je reviens d’une réunion de 2 heures avec notre PDG. Nous avons parlé de toi.

– De moi ? Pendant 2 heures ?

– Ne le prends pas mal, mais tu vas recevoir un avertissement.

– Carrément … et pour quel motif Monsieur le Directeur des Ressources Humaines?

– Disons que ton look ne colle pas avec celui de la maison.

– Dis tout de suite que je m’habille comme un plouk. Qu’est ce qu’il a mon look ? T’aimes pas ma djellaba ni mes babouches ?

– Si je les aime bien … mais en vacances … ou à la maison … mais pas au boulot Matheo !

– T’es dur quand même … je souffre de la chaleur ici. Je t’offre un p’tit thé ? Tu m’as l’air un peu tendu en ce moment.

– Tu trouves ? (l’air inquiet)

– Assieds-toi .. je t’en prie !

– Merci

– Tu as des soucis dont tu souhaites me parler ? Comment vont tes enfants ?

– Ça va merci, mais non je t’assure je n’ai rien de grave!

– Tu n’as pas dis que tu allais bien, tu as dis je n’ai rien de grave … ce lapsus est révélateur … tu veux un loukoum mon fils ?

– … ( il se reprend) … Tu as beau être le toubib de cete boîte, tu n’es pas psy! Et puis je ne suis pas ton fils … écoute … j’étais venu pour te mettre en garde.

– C’est fait non ? Puisque tu en parles .. je risque quoi ?

– Un deuxième avertissement.

– Et après ?

– Un blâme.

– Et ensuite ?

– Au bout de trois blâmes c’est une réprimande .. Au bout de cinq réprimandes c’est la porte après étude du dossier.

– C’est beau la vie de fonctionnaire, tu ne trouves pas? Soyons sérieux, si j’ai bien compris, je suis victime de discrimination babouchesque ?

– On peut le dire ainsi oui. Tu recevras un courrier en ce sens.

– Et si je changeais de modèle? J’ai une belle paire que je garde pour les grandes occasions!

– Je ne crois que cela soit une question de modèle.

– Tu dis ça, mais tu n’as jamais vu mon modèle mille et une nuit..

– Je ne comprends pas ton attitude … pourtant tu es médecin ici ..

– Si tu veux je t’offre un loukoum et on oublie cette histoire!

– C’est de la corruption? Jamais !

– Tout de suite les grands mots. Ce n’est rien de plus qu’un cadeau .. t’as pas envie d’un loukoum ?

– Non. … Quel parfum ?

– Fleur d’oranger.

– … Bon d’accord pour le loukoum mais tu comprends bien que je suis dans une situation délicate ?

– Je comprends. Juste une question. Qu’adviendra-t-il si je décidais de faire grève pour discrimination?

– Tu ne ferais pas ça ! (l’air inquiet).

– Qui m’en empêcherait ?

– Et le serment d’hypocrite ?

– D’hypocrate …pas hypocrite ..

– Excuse-moi mais je ne vois pas trop la différence. Tu ne me ferais pas ça tout de même ! (il devient rouge, se lève en s’approchant de Matheo).

– Qui m’en empêcherait (il se lève aussi pour l’éviter) ?

– (profitant de la place qui vient de se libérer, s’assied à la place de Matheo) … T’as des problèmes en ce moment ? Comment vont les enfants ?

– Matheo s’assied à la place Thierry… Non, je n’en ai pas vraiment (sur un ton inquiet)

– Tu veux un loukoum mon fils ?

– Arrête, je ne suis pas ton fils !

– (Rire) Tu ne veux pas que je t’appelle ma soeur !

– Et puis ton loukoum, c’est de l’entrave au droit de grève.

– Tout de suite les grands mots ! Ce n’est rien de plus qu’un cadeau.

– Tu sais bien que je ne mange pas de ce pain là !

– Quel parfum ?

– (haussement d’épaules) …Fleur d’oranger comme toi !