Des Cordiers Juges et Flics

Pour vous donner une bonne idée de ma mère, il vous faut imaginer le parfait mélange de madame Sarfati (d’Eli kakou) et de Luciana (des Cordiers Juges et Flics). Toujours présente sans en avoir l’air, c’est elle qui organise la vie de famille. Mon père n’est pas relégué en second plan pour autant. Il intervient dans l’essentiel des décisions. C’est une réelle concertation pour le bien de notre petit clan. Même après vingt-cinq ans, elle vous regarde comme si vous en aviez dix.

Le jour où j’ai dû quitter le cocon familial, j’ai élaboré un long scénario comprenant des adieux à épisodes. Pendant deux mois il a fallu que je prépare ma mère psychologiquement (et moi par la même occasion). Je lui posais des questions sur sa jeunesse et sur son tout premier appartement. Les quatre mois suivants, mes questions devenaient de plus en plus précises. Jusqu’au jour où elle finit par me demander où je voulais en venir. Je lui ai répondu avec la plus grande douceur que j’allais partir pour voler de mes propres ailes. Ce que j’ai vu dans les yeux de ma mère ce jour là, à cet instant précis, je ne l’oublierai jamais.

Boulot, métro, Matheo :

Voici quelques phrases que j’aimerais pouvoir dire à mon boss de temps en temps :

Pour les retards du matin :
– Tu n’as rien d’autre à faire que de me prendre la tête dès le matin? Va faire semblant de bosser dans ton bureau.
– Oublie-moi ce matin.
– Même si j’ai du retard, estime-toi heureux de ma présence.

Quand il s’énerve :
– Tu peux prendre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, je m’en tape.
– J’ai raison, tu as tort.
– Tes gueulantes n’ont aucun effet sur moi. Va les pousser ailleurs.
– Si tu n’es pas content de mes services, tu n’as qu’à me virer, ça me fera des vacances et ça te coûtera moins cher.
– Personne n’est irremplaçable, pas même toi.

Quand il essaye d’être gentil :
– Tu n’as rien de mieux à faire? Pas de boulot urgent?
– T’es gentil, mais ton baratin, ça ne marche pas.
– Je ne savais pas que tu étais le roi de la blague.

Quand il glande :
– Vu ton salaire, ça fait cher la pause non?

Quand il devient moralisateur :
– Je suis ton employé, pas ton pote ni ton fils.
– Tu sais, je te regarde parler, mais je n’écoute pas … mais continue, ça te fait du bien apparemment.

Ouf! Enfin c’est dit. Il ne reste plus qu’à le placer…

Matheo au pays des merveilles:

Je devais en être à mon troisième match de basket. Mes jambes me brûlaient, j’étais éreinté. La seule information que mon cerveau avait réussi à garder in extremis était des bribes du chemin de retour. Fatigué, je laissais mon meilleur ami guider ma douloureuse carcasse dans le labyrinthe de couloirs et d’escaliers que formait l’immense centre sportif dans lequel nous nous trouvions.

Au bout d’un quart d’heure de marche épuisante, il finit par admettre du bout des lèvres que nous étions perdus. J’avais faim et me répétais de plus en plus :”mon royaume pour un verre d’eau”. Au bout d’une dizaine de minutes alors que nous commencions à perdre espoir, nous sommes arrivés devant un palier de 3 portes. Nous poussâmes ensemble une double-porte coupe-feu. Le spectacle qui s’offrit à nos yeux nous figea pendant 5 secondes. Un banquet pour une cinquantaine de personnes était dressé sans aucune personne pour le surveiller.

Il y avait de tout et à profusion : des bonbons, du jus d’orange, des gâteaux, des tartes, des pâtisseries, du chocolat, des cocktails … A chaque bouchée, nous mangions du paradis. Evidemment nous n’avons pas abusé de cette invitation inattendue. Ce jour-là, j’ai réalisé que la vie pouvait aussi nous réserver de grands bonheurs.