Métamorphoses de la parenté

Avec ma gueule de merguez, j’ai un mal fou à m’imposer dans la vie. J’ai beau essayer de m’endurcir, mais rien n’y fait. A une époque, pas si lointaine, je me donnais de petites missions pour essayer d’avoir le caractère d’un bon Parisien de base : pressé, stressé, râleur et aimable comme une porte de prison. L’une des premières d’entre-elles consistait à arrêter de sourire à tout bout de champ. Je réservai mon sourire que pour de réelles occasions : enterrements (non je déconne), mariages ou blagues d’un collègue (et encore pas toutes), autant dire jamais. Je me souviens avoir foiré ma mission dix minutes à peine après l’avoir commencée.

En sortant de chez le boulanger, j’ai retenu la porte qui allait se refermer sur une dame d’un certain âge. Pour me remercier, elle me gratifia d’un sourire suffisamment prononcé pour que je “craque” et le lui rende. Autre mission, autre échec : râler pour un rien. L’occasion s’est vite présenter au guichet d’une BNP. Queue interminable et une seule personne au guichet. Avant que je n’ouvre la bouche, un monsieur corpulent me coupa ma tirade. Quand je vis tous les regards se braquer sur lui, je me suis demandé si je n’étais pas un peu dingue. Il faut s’assumer et c’est ce que j’ai essayé de faire. J’ai pris conscience qu’on profiterait toujours de ma gentillesse et que certaines personnes prendraient cela pour de la faiblesse mais maintenant je m’en moque. On ne se refait pas.

Raconte nous une histoire:

Matheo et Mamadou sont assis dans le hall d’un immeuble:

– Dis Matheo, tu les comprends les français?

– Les français ? Je suis français.

– Oui moi-aussi … tu ne vois pas ce que je veux dire?

– Non pas vraiment.

– Ben oui tu sais, quand j’allume la télé je ne vois que des blancs, les français quoi!

– C’est une branche ou il y a du fric, et quand il y a du fric …. Mais, tu n’as pas besoin d’allumer la télé pour voir des français, tu en rencontres tous les jours et pour moi c’est eux la France.

– Tu sais, malgré mon BTS, on me propose souvent des postes pour faire du ménage.

– Il faut dire que tu as un nom qui sonne bien pour ça : mamadou Konaté … non je rigole…

– C’est comme si on te proposait que des postes d’épiciers.

– Ça va, ça va j’ai compris.

– Liberté, égalité, fraternité …. Je trouve que ça sonne faux non?

– Moi, Je ne sais même plus ce que cela veut dire. Je suis gentil avec tout le monde, mais je crois que la gentillesse, ça ne paie pas!

– L’autre jour, j’ai fais une ‘expérience’ avec des sociétés qui ont refusé de me recevoir sans même me donner ma chance. Quand je disais : ‘je m’appelle Mamadou Konaté’, les gens au bout du fil avait l’air ennuyé pour moi comme si je leur annonçais que j’avais une maladie, ils prenaient un ton navré et me souhaitait bonne chance sans donner suite à mon appel.

– Que veux-tu ces gens s’imaginent que pour nous la France d’en bas, c’est la France d’en haut.

– … C’est alors que j’ai décidé de me faire passer pour Charles-Henry de Méricourt. Tu le connais?

– Non ça ne me dis rien.

– C’est normal moi non plus ! Par contre ce Charles Henry à plus de chance que moi car sur les 10 appels que j’ai passé, 7 sociétés ont accepté de le rencontrer. 70% de réussite, tu te rends compte?

– (Sourire) et alors?

– Je me suis rendu à 5 de ces entretiens.

– Tu charries? T’es dingue?

– Non, juste désespéré.

– Ouai mais là t’abuse!

– C’est un peu comme en boîte, tu te manges 10 râteaux et la 11e te dis oui.

– (rire)

– Sur les 5 entretiens, 3 ont refusés de me voir, un m’a donné ma chance et un autre a trouver ma démarche audacieuse et m’a embauché.

– Pour toi quelle est la morale de tout ça?

– Qu’il ne faut jamais baisser les bras…surtout quand tu t’appelles mamadou Konaté.