T’as le look

– Bonjour Matheo. Je viens te voir de la part de la direction.

– Tiens ! Bonjour Thierry, entre, je t’en prie. Pourquoi ce ton protocolaire ?

– (sur un ton sec) Tu fais erreur, ce n’est pas Thierry qui te parle, c’est ton Directeur des Ressources Humaines.

– Ha d’accord … tu penses qu’il y a assez de place pour vous deux dans mon petit bureau?

– Arrête .. je suis sérieux, je reviens d’une réunion de 2 heures avec notre PDG. Nous avons parlé de toi.

– De moi ? Pendant 2 heures ?

– Ne le prends pas mal, mais tu vas recevoir un avertissement.

– Carrément … et pour quel motif Monsieur le Directeur des Ressources Humaines?

– Disons que ton look ne colle pas avec celui de la maison.

– Dis tout de suite que je m’habille comme un plouk. Qu’est ce qu’il a mon look ? T’aimes pas ma djellaba ni mes babouches ?

– Si je les aime bien … mais en vacances … ou à la maison … mais pas au boulot Matheo ! Continue Reading“T’as le look”

On a recruté

La scène se passe dans une salle de réunion parisienne, 5 candidats se regardent dans le blanc des yeux. Pas un bruit, tout le monde attends. Un jeune homme efféminé, d’une vingtaine d’année entre dans la salle :

– Bon les enfants, la récré c’est terminé ! Je me présente, je suis votre formateur en télévente, je m’appelle Thierry. Avant de commencer, vous allez vous présenter un à un.

– Bonjour je m’appelle Julie, j’ai 28 ans et je suis une ancienne strip-teaseuse.

– Bonjour je m’appelle Stéphane et j’ai 20 ans, je sors du service militaire.

– B’jour moi c’est lulu j’étais imprimeur la semaine dernière … et j’ai 38 ans.

– Bonjour à tous je m’appelle Tim Robert Cook, j’ai 45 ans et je reviens de Thaillande. Ce pays est immense et j’ai eu la chance de rencontrer des gens merveilleux. Comme vous le savez ce pays n’a pas eu …

– Moi c’est Mohamed Bachibouzouk, vous pouvez m’appeler Matheo j’ai 32 ans et j’ai eu un journal sur internet.

– Au nom de Make Téléphonique, je vous souhaite la bienvenue à ce premier stage de formation. Vous avez tous répondus à une offre d’emploi et ceci est notre premier rendez-vous. Je vais vous expliquer comment fonctionne notre société. … des questions ? Continue Reading“On a recruté”

l’air un peu abasourdi

La scène se passe à l’entrée d’un centre commercial carrefour : – Salut mofana!

– Salut Matheo (avec un fort accent africain et un large sourire)!

– Tu es vigile chez carrefour maintenant?

– Disons que je n’ai rien trouvé d’autre.

– Comment vont tes parent?

– Ils sont contents, surtout mon père : il est vigile chez virgin.

– Et que devient ton frêre?

– Vigile à la fnac d’Opéra !

– Rire … ça devient une histoire de famille…Ton travail te plaît?

– Je suis payer à observer les gens et certains sont incroyable. J’en ai vu amenant leur chien pour leur faire goûter les croquettes. Tu n’as pas idée de ce qui ce passe ici!

– Raconte … quoi d’autre? Continue Reading“l’air un peu abasourdi”

Vient votre tour

Entrer en discothèque c’est dur. Le faire quand on est arabe et sans nana cela relève de la quatrième dimension. Vous êtes dans la file qui mène au paradis. Les 15 personnes devant vous passe sans aucun problème. Il y une fille pour trois mecs mais ça passe. Vient votre tour. Un grand black de 2 mètres 50 vous regarde droit dans les yeux. Vous n’êtes pas homo mais l’espace d’un instant vous essayez de le séduire.

– Le videur : Bonsoir monsieur

– Bonsoir monsieur

– Avez-vous votre carte de membre?

– La carte? Quelle carte? C’est un club ici?

– Oui monsieur, vous être dans un club privé!

– Je l’ignorais, non je n’ai pas ma carte.

– Malheureusement je ne peux vous faire rentrer, l’accès est réservé uniquement aux membres, désolé.

– Je comprends. Permettez une question?

– Oui?

– Comment devient-on membre?

– Il faut entrer et s’inscrire.

– … Continue Reading“Vient votre tour”

C’est la question à 100 balles

Couscous Story I:

– Mais c’est qui ce mec?
– Je crois qu’il s’appelle Matheo …
– Il a l’air d’un abruti tu ne trouves pas ?
– Non pas vraiment, j’ai plutôt l’impression qu’il ne se sent plus.
– Pourquoi tu dis ça ?
– Parce qu’il a un site internet… il doit se prendre pour une star..
– Un site internet ?
– Un journal intime d’un Arabe qui se balade dans Paris et qui adore tintin …un truc dans le genre … enfin tu vois l’oiseau!
– Rassure-moi, il ne va tout de même pas travailler avec nous?
– Pas avec nous directement, n’aie pas peur, mais il a déjà été embauché, sans même un entretien d’embauche, tu le crois?
– Il a dû coucher … c’est pas possible autrement! Je comprends maintenant la démarche de canard du patron…
(rire) – Arrête tes conneries, j’ai cru comprendre qu’il tiendrait une rubrique dans notre magazine.
– Laquelle? Continue Reading“C’est la question à 100 balles”

Massive, imposante

Matheo à la ferme: Un coq me réveille, il est presque 5h, durant une fraction de seconde je me demande si je n’ai pas rêvé et m’apprête à replonger dans un profond sommeil mais un autre cocorico me rappelle à l’ordre. Peu à peu tout me revient, l’arrivée tardive hier soir dans cette chambre d’hôte en plein milieu d’une ferme. Curieux comme une pie j’essaie de repérer de ma fenêtre ce coq afin de lui balancer une chaussure bien méritée sur le bec.

Le spectacle du lever de soleil m’arrêta net. Un mélange de bleu roi et de jaune orangé grimait le ciel comme ceux des tableaux de Van Gogh. Un brin de soleil vint me dire bonjour en m’effleurant l’épaule. Le charme fut rompu par un “Hé Rosi! J’vais chez le père Michel et j’reviens m’occuper de Bertha.”. Parlait-il à sa femme de leur vache ou le contraire? J’arrivais dans la cuisine vers 6h et cela n’eu pas l’air d’étonner la maîtresse de maison.

Son visage était comme son tablier, usé par les cuissons. Massive, imposante, je comprenais que je ne devais pas trop la brusquer ni la contrarier si je voulais déjeuner. Je commençais par un sourire aussi naturel que possible en lançant un amical :”bonjour Rosi”. En même temps, je serrais les doigts pour que ce soit bien son prénom, je tenais à déjeuner. “Bonjour” me répondit-elle avec une amabilité dont je n’étais plus habitué. La journée fut légère et très agréable. Les discussions avec Robert (le mari de Rosi) furent intéressantes et cocasses.

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Des Cordiers Juges et Flics

Pour vous donner une bonne idée de ma mère, il vous faut imaginer le parfait mélange de madame Sarfati (d’Eli kakou) et de Luciana (des Cordiers Juges et Flics). Toujours présente sans en avoir l’air, c’est elle qui organise la vie de famille. Mon père n’est pas relégué en second plan pour autant. Il intervient dans l’essentiel des décisions. C’est une réelle concertation pour le bien de notre petit clan. Même après vingt-cinq ans, elle vous regarde comme si vous en aviez dix.

Le jour où j’ai dû quitter le cocon familial, j’ai élaboré un long scénario comprenant des adieux à épisodes. Pendant deux mois il a fallu que je prépare ma mère psychologiquement (et moi par la même occasion). Je lui posais des questions sur sa jeunesse et sur son tout premier appartement. Les quatre mois suivants, mes questions devenaient de plus en plus précises. Jusqu’au jour où elle finit par me demander où je voulais en venir. Je lui ai répondu avec la plus grande douceur que j’allais partir pour voler de mes propres ailes. Ce que j’ai vu dans les yeux de ma mère ce jour là, à cet instant précis, je ne l’oublierai jamais.

Boulot, métro, Matheo :

Voici quelques phrases que j’aimerais pouvoir dire à mon boss de temps en temps : Continue Reading“Des Cordiers Juges et Flics”

Métamorphoses de la parenté

Avec ma gueule de merguez, j’ai un mal fou à m’imposer dans la vie. J’ai beau essayer de m’endurcir, mais rien n’y fait. A une époque, pas si lointaine, je me donnais de petites missions pour essayer d’avoir le caractère d’un bon Parisien de base : pressé, stressé, râleur et aimable comme une porte de prison. L’une des premières d’entre-elles consistait à arrêter de sourire à tout bout de champ. Je réservai mon sourire que pour de réelles occasions : enterrements (non je déconne), mariages ou blagues d’un collègue (et encore pas toutes), autant dire jamais. Je me souviens avoir foiré ma mission dix minutes à peine après l’avoir commencée.

En sortant de chez le boulanger, j’ai retenu la porte qui allait se refermer sur une dame d’un certain âge. Pour me remercier, elle me gratifia d’un sourire suffisamment prononcé pour que je “craque” et le lui rende. Autre mission, autre échec : râler pour un rien. L’occasion s’est vite présenter au guichet d’une BNP. Queue interminable et une seule personne au guichet. Avant que je n’ouvre la bouche, un monsieur corpulent me coupa ma tirade. Quand je vis tous les regards se braquer sur lui, je me suis demandé si je n’étais pas un peu dingue. Il faut s’assumer et c’est ce que j’ai essayé de faire. J’ai pris conscience qu’on profiterait toujours de ma gentillesse et que certaines personnes prendraient cela pour de la faiblesse mais maintenant je m’en moque. On ne se refait pas. Continue Reading“Métamorphoses de la parenté”